Terre d’Histoire du Poitou n°5

7 novembre 2014

 

Les journées du 19 et 20 août 1944 à Monts-sur-Guesnes : le drame évité pour 29 otages

Les troupes allemandes occupent Monts-sur-Guesnes à partir du 21 juin 1940. Elles y restent 1532 jours. Dans la première moitié de l’Occupation, 150 à 200 soldats allemands vivent dans le village, chez l’habitant où des chambres sont réquisitionnées. Beaucoup partent ensuite sur le front de l’Est.

En 1942, un réseau de la Résistance se créé à l’initiative de Charles Dubois « Les Indépendants de Scévolles ». (Lire Terre d’Histoire N°3).

En juillet 1944, un maquis se constitue en forêt par la volonté d’un étudiant saumurois, René Mabilleau.

Le 19 août 1944, le maquis de Scévolles est sur les terres des Indépendants.

Une « intervention malheureuse » selon Roger Daviaud, membre du maquis, est alors engagée. L’enjeu, ce jour-là, est le contrôle d’un stock de blé entreposé dans le silo de la gare. Les allemands souhaitent le réquisitionner. Le maquis refuse de laisser faire. Quatorze hommes s’y rendent et apprennent que les allemands finissent alors de déjeuner au restaurant « le Cheval Blanc », tenu par Monsieur et Madame Blet. Les maquisards décident d’y aller.Dessin-Cheval blanc_M-G

Vers 16h, plusieurs tirs de mitraillettes sont échangés. L’échauffourée ne dure que quelques minutes mais fait des victimes des deux côtés. Trois soldats allemands sont abattus sur place. « Un autre meurt dans les vignes où il s’était enfuit » selon un témoin. Un maquisard âgé de 19 ans, originaire de Moselle, René Schaak, est mortellement blessé. Il décède en arrivant à l’hôpital de Loudun où ses camarades du maquis le transportent. Deux autres résistants sont blessés : Pierre Maerten à la cuisse et Maurice Ruffec de cinq balles dans le côté gauche. Le capitaine Henri du maquis refuse d’envoyer des renforts pour éviter une effusion de sang inutile.

 

René Schaack

 

Les allemands ne tardent pas à réagir. Le lendemain, deux camions de soldats SS arrivent de Châtellerault. Plusieurs civils, nombreux dans le bourg à la sortie de la messe, sont pris en otage. Un premier groupe de 25 personnes est retenu sous la contrainte des armes dans la salle du restaurant.

Parmi eux : Gérard Blet et son père, Jacques André, Roger Bassereau-père, René Dafy, Claude Guellerin, le facteur Monsieur Petit, le receveur de la poste R. Vasilière et Jean Jouteux qui n’a que 14 ans mais, comme il porte un pantalon, les allemands le prennent pour un adulte, contrairement à Bernard Gautier qui est relâché.

Simultanément, 4 autres personnes sont prises en otage sur la place et mises en joue devant le château : l’Abbé Chastel, René Suffisseau de Verrue, Fernand Gaillard qui habite juste devant la pharmacie et Maurice Delagarde, 35 ans, pharmacien à Monts-sur-Guesnes depuis le 1er février 1935.

La tension est grande. Toute circulation devient interdite. Des perquisitions commencent. Quiconque se trouve dans la rue et ne s’arrête pas devient une cible. C’est ainsi qu’est abattu Jean Moreau, rue du Petit Crouailles. Originaire de Mauprévoir, il habitait les Roches (côté Saires) depuis son mariage en 1907. Il avait 73 ans. Sourd, il n’a pas entendu les sommations du soldat allemand qui lui a tiré dessus.
La vie des 29 otages est sauve grâce à l’intervention de la gendarmerie et du curé qui calment les esprits et démontrent que la population montoise n’est pas responsable.
De plus, parmi les soldats allemands abattus la veille, figure l’officier chargé des réquisitions alimentaires, celui que l’on appelle « l’officier patate » : le Lieutenant Otto Kemmener.

Une lettre qu’il a rédigée, longtemps conservée par la famille Blet chez qui il loge, mentionne les conditions de cohabitation avec la population montoise qu’il considère bonnes. Cette lettre sauve les 29 otages.

Les exactions des nazis furent, de nombreuses fois, très meurtrières en cet été 1944 où ils savent qu’ils perdent le contrôle du cours de la guerre. Oradour-sur-Glane, en Haute-Vienne, le 10 juin 1944, et Maillé, en Indre-et-Loire, à 40 km seulement de Monts-sur-Guesnes, le 25 août 1944, sont deux villages martyrs dont la population fut totalement anéantie par des soldats du troisième Reich.

Un autre incident faillit aggraver la situation ce 20 août 1944. Une voiture de maquisards arrivant de Pouant et se dirigeant vers la forêt de Scévolles stoppe en plein bourg, face à la gendarmerie, sans savoir ce qui se passe au même moment. Immédiatement, les maquisards se dispersent et les allemands organise « une nouvelle chasse à l’homme chez les habitants ». En vain.

Les « Indépendants de Scévolles » n’ont pas pris part au déclenchement de cette journée ni à son déroulé. Informé, un groupe d’hommes de la section de Dercé arrive au niveau de l’entrée de la Champbaudière (à l’Ormeau creux) quand ils entendent l’échange des premiers coups de feu. A partir de juillet 1944 les « Indépendants de Scévolles » se sont mis à la disposition du Maquis de Scévolles dès que celui-ci s’est regroupé à proximité de la Guérinière. Il n’est donc pas question de conduire des opérations sans concertation ni sans un minimum de préparation. Surtout si celles-ci exposent des « civils ».

Depuis 1942, les missions des Indépendants de Scévolles sont essentiellement l’accueil et la cache des réfractaires au STO (Service du Travail Obligatoire) et la réception d’armes qu’ils cachent « dans l’attente de l’insurrection », notamment à la gendarmerie « dans les deux premières marches de l’escalier » qui est pourtant fouillée par les allemands le 20 août 1944. Ils participent ainsi à plusieurs parachutages. Ils se séparent du Maquis à la suite de cette « attaque du Cheval blanc ».

Pour marquer cette journée si particulière, Maurice Delagarde, l’un des otages de la place, trace deux grosses croix rouges en marge de l’ordonnancier de la pharmacie à la date du 19 août 1944.

Ordonnance

L’ordonnancier de la pharmacie Delagarde à la date du 19 août 1944

 

Monts-sur-Guesnes est libéré 13 jours plus tard, le 1er septembre 1944, par des hommes du maquis de Scévolles.

J’ai retrouvé une photographie exceptionnelle lors de mes recherches sur les « Indépendants de Scévolles » et mes rencontres avec les descendants des 31 hommes qui ont constitué ce réseau. Cette photo est prise, en cachette, en 1942 (l’année figure au dos), à l’entrée de l’allée des marronniers par l’épouse d’un des sept gendarmes de la brigade de Monts-sur-Guesnes. On y voit une douzaine d’hommes devant le restaurant de Monsieur et Madame Blet, le Cheval blanc. Sur la droite, un gendarme français relativement grand (Jules Gabignon ?) discute avec 4 soldats allemands. C’est l’unique document, connu à ce jour, où l’on voir des soldats allemands à Monts-sur-Guesnes durant l’Occupation.

 

Restaurant Le Cheval Blanc_Hier

          

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Devant le Cheval blanc en 1942

 

Restaurant Le Cheval Blanc_Aujourdhui

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Devant le Cheval blanc en 2014 (même angle).  Avec Fredo !

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