Terre d’Histoire du Poitou n°3

24 octobre 2014

 

Les Indépendants de Scévolles

L’un des tout premiers réseaux de Résistance en Poitou est né à Monts-sur-Guesnes dès 1942.

À son origine, on trouve 3 hommes :
– Charles Dubois, né le 3 avril 1898, orphelin de mère qui décède le jour-même des suites de l’accouchement, ancien combattant de la Première Guerre mondiale, ferblantier, franc-maçon frappé « d’indignité nationale » le 7 décembre 1941. Sera candidat SFIO (dont il est membre depuis 1919) aux élections cantonales de 1945. Décédé en octobre 1975 à Poitiers.
– Martial Martin du Puytison (1898-1967), Sous-lieutenant durant la Première Guerre mondiale au cours de laquelle son frère-jumeau est tué, décoré de la Croix de Guerre, habitant le château de Richemont (Prinçay) où est installé un poste émetteur indispensable aux parachutages. Il est sollicité par Charles Dubois pour organiser militairement les « Indépendants de Scévolles ».
– Jean Lourdault (1918-1994), maréchal des logis en 1939-1940, arrêté en 1941, requis et réfractaire au STO, déporté, évadé, réfugié à Dercé (1943), il prend en charge « l’instruction des jeunes réfractaires » et le commandement de la « section de Dercé ». Titulaire de la Médaille de la Résistance.

Le réseau :
Aux côtés des 3 fondateurs, on dénombre 28 hommes engagés. J’ai pu reconstituer très précisément le réseau, notamment grâce aux archives de Charles Dubois, à certains témoignages et aux quelques documents retrouvés. Cette liste exhaustive créé 5 catégories de membres. La répartition des trois premiers groupes est de Charles Dubois :

1. « Les Résistants armés » : 10 hommes
– Henri Barbotin (1920-2004), boulanger.
– Roger-Lucien Bassereau (1913-1991), boucher.
– René Beausse (1922-2007), agriculteur à La Roche-Rigault.
– Gérard Brin (1911-1990), agriculteur à Saint-Vincent, FFI, membre du Comité local de Libération et membre du Conseil Municipal (1944-1945).
– Marcel Couillebault (1923-2001), FFI, ouvrier agricole aux champignonnières puis employé municipal de 1962 à 1983.
– René Dietgen (1913-1988), d’origine alsacienne (parle allemand), marié à Tressange (Moselle) en 1938, ancien sergent, FFI, réfugié à Dercé puis habite 11 rue du château, employé de commerce, décédé à Prinçay.
– Michel Métais, né à Monts-sur-Guesnes le 1er décembre 1924, boulanger à Doussay, FFI.
– Rémy Naulet, né à Dercé en 1924, ancien boxeur amateur, domestique puis maréchal-ferrant place de la Vouye avant de faire, après-guerre, une carrière d’agent technique aux PTT.
– Serge Ranché, né à Maulay le 5 juillet 1923, intègre la section de Dercé, FFI, parachutiste, garde-champêtre de Monts-sur-Guesnes du 16 mai 1958 au 30 septembre 1983. Quand il décède le 28 mars 2014, il était le dernier survivant de cette épopée.
– Léandre Roux (1908-1997), négociant en bois, entre en Résistance en octobre 1943, membre du Comité local de Libération.

2. « Les Résistants non armés » : 6 hommes
– Marcel Auriault, né en 1896, garde-chasse, habite Saint-Vincent (se cache à Beaudouze)
– Léon Barré, né à Cholet le 23 novembre 1904, percepteur. Membre du Comité local de Libération de Monts-sur-Guesnes.
– William Boissière, né en 1903, contrôleur du ravitaillement, membre du Comité local de Libération de Monts-sur-Guesnes.
– Aristide Brillaux (1904-1977), photographe (32 rue Saint-Avertin), membre du Comité local de Libération.
– Lucien Devergne, né à Nantes en 1901, receveur des contributions indirectes relevé de ses fonctions par Vichy, habite rue Saint-Avertin. Membre du Comité local de Libération de Monts-sur-Guesnes.
– Eugène Poiraton, né le 3 mai 1896, Chef-cantonnier. Habite rue Saint-Avertin. Décédé à Monts-sur-Guesnes le 3 janvier 1952.

3. « Ceux qui ont caché les réfractaires » : 3 hommes
– Fernand Blanchet (1889-1959), ancien combattant de la Grande Guerre, blessé à Verdun par un éclat d’obus qui lui a traversé les deux jambes, cultivateur à Champeau (Dercé), sympathisant communiste, Président du Comité local de Libération de Dercé en 1944.
– Théophile Etoubleau, né à Orches le 17 août 1921, travaille en ferme, notamment à la Marsaudière (Dercé). Il s’installe à Vayolles. Décédé le 4 janvier 2008 à Loudun.
– Roger Montaubin, né en 1895 à Coussay, cultivateur à Dercé, ancien combattant de la Guerre 14-18, blessé dans la Marne le 9 mai 1917, intègre, avec son épouse, dès avril 1941 le Réseau Louis Renard. Ils hébergent des réfractaires au STO dans leur ferme de Dercé, à Tilly.

4. Les gendarmes de Monts-sur-Guesnes : 7 hommes
– Jules Gabignon (1902-1995), Chef de la brigade du 1er septembre 1941 au 1er mai 1945. Décoré de la Médaille militaire (1940).
– Jean Bordron, né à Niort le 3 juin 1918, arrivé à la brigade le 6 juillet 1943. Caporal-Chef, « Mort pour la France » en Indochine le 25 avril 1947.
– Jean Douaud, né en 1915, arrivé à Monts-sur-Guesnes le 2 décembre 1942. Décoré de la Médaille Militaire (1955).
– Jean Durand, né en 1908. En fonction à Monts-sur-Guesnes du 11 mai 1943 au 14 mars 1947.
– Ismaèl Froget (1908-1956), arrive à Monts-sur-Guesnes le 15 mai 1943. Décoré de la Médaille Militaire (1954).
– Robert Picard (1912-2004), arrivé à Monts-sur-Guesnes le 1er janvier 1942. Décoré de la Médaille Militaire (1950).
– Charles Valade, né en 1915. En poste à Monts-sur-Guesnes du 1er janvier 1942 au 1er décembre 1949.
Sans eux, les évènements auraient sans aucun doute été plus difficiles pour les « Indépendants de Scévolles ». Les gendarmes de Monts-sur-Guesnes donnent régulièrement des informations sur les mouvements des allemands. Des armes sont également cachées à la gendarmerie (témoignages de Charles Valade rencontré le 21 juillet 2011 à son domicile, à Nortron).

5. Les politiques :
– Aramis Prinet (1898-1981). Né à Verrue, ancien combattant de la Grande Guerre, élu au Conseil Municipal de Chouppes pour la première fois en 1929, sympathisant communiste à partir de 1936 en raison de la guerre d’Espagne qui le conduit à accueillir à Chouppes des réfugiés espagnols républicains. Maire de Chouppes de 1945 à 1971. Décoré de la Médaille de la Résistance comme Jean Lourdault. « A joué un rôle prépondérant ».
– Alfred Roy (1895-1969), ami et proche d’Aramis Prinet. La grand-mère maternelle d’Alfred Roy est une Prinet. Ancien combattant de la Première Guerre mondiale, sous-officier, 4 fois blessé (garde une balle dans l’épaule toute sa vie), il passe 35 mois dans les tranchées. Élu au Conseil Municipal de Verrue en 1929. Il fabrique de faux papiers à l’aide d’un cachet qu’il déclare perdu en préfecture et qui sera retrouvé par l’un de ses fils après sa mort. Maire de Verrue de 1935 à 1965. Élu Conseiller Général en 1945 contre Camille Rimbert (Conseiller Général de 1907 à 1940) après une première tentative en octobre 1937. Réélu en 1951 et 1958. Candidat aux élections législatives de 1956 sous l’étiquette « poujadiste ». Chevalier de la Légion d’Honneur. Croix de Guerre 14-18 et Croix de Guerre 39-45. Médaille militaire (1920).

Ces deux élus vont donner, avec Charles Dubois, une âme et un sens politiques au réseau pour préparer l’après-guerre.

L’engagement de ces 31 hommes dès 1942 va permettre la création du Maquis de Scévolles en juillet-août 1944 qui débouche sur la Libération du Loudunais début septembre 1944.

Contrairement à ce qui s’est longtemps dit à Monts-sur-Guesnes, les « Indépendants de Scévolles » n’ont aucune responsabilité dans l’attaque du Cheval Blanc le 19 août 1944 dont les conséquences auraient être très lourdes  et dramatiques pour le village si l’armée allemande avait fait les mêmes représailles qu’à Oradour, Tulle ou Maillé. Je reviendrai bientôt sur cette journée dans un prochain article de Terre d’Histoire.

Un drapeau des Indépendants de Scévolles existe maintenant. J’ai tenu à ce qu’il soit créé en 2011. Il est porté par un des descendants de ses membres.

« Quoi qu’il arrive, la flamme de la Résistance ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas ». Charles de Gaulle.

Martial Martin du Puytison (1898-1967), Croix de Guerre 14-18

Martial Martin du Puytison (1898-1967), Croix de Guerre 14-18

 

 

Martial Martin du Puytison (1898-1967), Croix de Guerre 14-18

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Indépendants de Scévolles 1

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

de gauche à droite,
1er rang : les gendarmes Jean Douaud, Jean Durand, Charles Valade, Jules Gabignon, Ismaël Froget, Robert Picard, Jean Bordron.
2e rang : Henri Barbotin (avec une cigarette), Jean Lourdault (képi), William Boissière, X, Michel Métais (avec une cigarette) et Aristide Brillaux.
3e rang : Gérard Brin (avec un fusil), Puichault, X, Léandre Roux, Léon Barré, Roger Bassereau et Charles Dubois (avec un fusil).

 

Lettre d’informations / Newsletter
Réseaux

Retrouvez Bruno BELIN sur les réseaux sociaux :

Facebook   Twitter   Instragram  

Chaîne vidéo

Chaîne vidéo Youtube

Info…
info
Téléchargements

Journal cantonal 2018

 

@brunobelin