Terre d’Histoire du Poitou n°48 : Qu’est-il arrivé à Arthème BOURREAU ?

 
Vendredi 19 août 2016

Terre d’Histoire du Poitou n°48

Qu’est-il arrivé à Arthème BOURREAU, il y a 75 ans, le 23 août 1941 ?


Arthème Bourreau est né à Prinçay le 12 juillet 1923. Ses parents, Marcel et Élise, habitent Bel Endroit. Il a deux frères, Clotaire et Valère, et deux sœurs, Christiane et Claudine. Une autre fille, Madeleine, naîtra au sein de la famille en 1948.
Il est domestique chez Monsieur Cognard à Nueil-sous-Faye.
Avec ses premiers salaires, il s’achète un appareil photo ce qui est relativement rare à l’époque.

Son décès à l’âge de tout juste 18 ans intrigue encore sa famille.
À partir de témoignages familiaux et d’archives, il est possible de reconstituer ce qui s’est passé entre le 23 août et le 6 septembre 1941.

Les faits :

– le samedi 23 août 1941, Arthème travaille aux champs. Les moissons touchent à leur fin. Il fait particulièrement chaud. Les archives nous précisent que ce jour-là la température maximale relevée dans le secteur est de 30°C (source Infoclimat.fr).
– En fin de journée, il rentre chez ses parents où l’habitude est de se retrouver en famille pour le déjeuner du dimanche.
– Il parcourt les 7 km entre Nueil-sous-Faye et Prinçay avec le vélo qu’il vient de s’acheter pour remplacer celui que les Allemands lui ont pris le lendemain de leur arrivée en juin 1940, le dimanche matin avant l’Armistice.
– Le lendemain, dimanche 24 août, Arthème décide de se rendre, toujours à vélo, à Monts-sur-Guesnes. Déplacement difficile car cela grimpe beaucoup entre Bel Endroit et la commune chef-lieu de canton.
– Sur la fin du trajet, après avoir passé la Cantourière, il est pris d’un violent mal de tête et tombe de vélo. Un proche (« Tonton Joseph ») qui le trouve assis au bord du fossé, l’aide à se remettre en selle. Arthème décide de se rendre jusqu’à la pharmacie de Maurice Delagarde, à Monts-sur-Guesnes, qu’il connaît bien car il fait partie de l’équipe des gymnastes de la Montjoie dont s’occupe le pharmacien.
– Maurice Delagarde prend alors dans sa pharmacie avec le propre appareil d’Arthème une photographie du jeune homme tout endimanché. Le pharmacien vend alors dans son officine des pellicules et fait développer les photos. Il fait prévenir aussitôt ses parents. Son père vient le chercher avec sa carriole. Sa sœur Claudine se souvient de son retour à Bel Endroit « assis à plat sur une couverture » et « la tête renversée en arrière sur un coussin ».
– Le Docteur Tholose de Monts-sur-Guesnes est appelé. Il écarte le diagnostic de méningite ou de « congestion cérébrale ». Il conclut à une « hémorragie méningée due à la chaleur et à la fatigue ».
– il prescrit une potion selon la formule: « chlorure de calcium 20 g et sirop d’écorce d’orange amère 310 g » comme en atteste l’ordonnancier de la pharmacie où la préparation est réalisée le mardi 26 août 1941.
– Huit jours plus tard, l’état d’Arthème semble s’améliorer après une semaine de repos total en gardant sur le front « un linge humide et frais trempé dans de l’eau vinaigrée, renouvelé sans attendre » selon l’une de ses sœurs qui sert de garde-malade.
– La semaine suivante – celle du 1er septembre – la situation se dégrade. Arthème est victime de « deux attaques consécutives ». Le Docteur Tholose est de nouveau appelé. Il sollicite l’avis d’un confrère de Loudun, le Docteur Belloy. Ensemble, ils décident de pratiquer une ponction lombaire afin d’examiner le liquide céphalo-rachidien qui est « rosé ».
– « La dernière nuit de cette deuxième semaine, vers trois heures », le samedi 6 septembre 1941, Arthème Bourreau décède, âgé seulement de 18 ans.

Commentaires :
– La photographie qui constitue un document exceptionnel et peu commun prise en de telles circonstances par le pharmacien dans son officine ne laisse apparaître aucune rigidité ni paralysie de la face ce qui permet d’exclure un accident vasculaire cérébral primitif.
– Arthème ne semble pas atteint, d’après cette photographie du 24 août 1941, de photophobie et aucun témoignage n’évoque des vomissements « en jet » signes d’une possible méningite.
– La prescription de chlorure de calcium peut s’expliquer pour ses propriétés d’anti-convulsivant.

Le décès est donc vraisemblablement dû à une « insolation avec accident vasculaire cérébral (AVC) hémorragique (secondaire) sur hyperthermie et déshydratation » comme le confirme le Docteur Philippe Charlier, médecin légiste. Selon lui, « la thérapeutique va dans ce sens, comme le tableau clinique ».

La seule question qui reste en suspens est dans l’origine de la photographie d’Arthème Bourreau prise le dimanche 24 août 1941 dans la pharmacie de Monts-sur-Guesnes. Qui en est à l’origine ? Arthème Bourreau lui-même ou Maurice Delagarde, le titulaire de l’officine qui lui a porté les premiers secours ? Et pourquoi prendre une photographie en de telles circonstances ?

 

Artème Bourreau (1923-1941). Photographie prise dans la pharmacie Delagarde sans doute le 24 août 1941

Artème Bourreau (1923-1941). Photographie prise dans la pharmacie Delagarde sans doute le 24 août 1941

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